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Si j’avais eu un fils il aurait été marin.
Sûrement.
Parce que les mecs à terre, c’est chiant.
Je n’ai pas de fils mais j’ai un mec.
Alors pardon mais je sais de quoi je parle.
40 ans et il croit qu’il vit chez sa mère.
C’est comme si j’avais un fils.
Tiens, tu sais la tasse de café le matin. Bin l’aller ça va. De la machine a café à la terrasse, nickel.
Le retour, ça merde.
Le retour, il fait comme les mioches.
Il croit que ça va tout seul dans l’évier.
<3 il croit qu’il y a une petite magie comme le yaourt au bifidus actif : ça se fait tout seul <3
Mon cul!
La magie c’est bobonne
Bobonne c’est sa mère
Mon mec c’est mon fils.
Mon fils sera marin.
Il boira son café dans sa cabine de 2m2 et il fera chier personne.

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Je suis allée à la station-service.
Celle entre Sète et Montpellier.
J’ai pris un jour de congés.
J’ai menti.
Je leur ai dit que j’allais a un rendez-vous médical.
Évidemment, comme je ne vais jamais voir de docteur ni aucun spécialiste parce que j’ai trop peur qu’on me dise que j’ai quelque chose de grave, pire, que je vais mourir, ils ont flippé.
Rien de grave j’espère?
Non non, rien du tout.
Tu parles, tomber en émoi pour un ancien marin pompiste de la page 275 si c’est pas grave ça?!
Bref.
J’ai loué une voiture (bin oui j’en ai pas!).
Ces cons ils ont fait le plein!
Mais putain c’est pas possible ça d’être aussi con!
J’ai demandé une bagnole!!! pas un plein, bordel!
Ils ont rien compris.
Limite ils me filaient plus la bagnole.
J’ai payé du coup ils ont rien dit.
Il a fallu que je roule.
Au début j’ai fait plusieurs fois le trajet maison-carrefour-maison-carrefour, c’est le seul trajet que je connais en bagnole.
J’ai vite compris que c’est pas comme ça que j’allais faire tomber le réservoir.
Ok autoroute.
Direction Toulouse ou Béziers.
Toulouse
Béziers c’est non.
Et puis c’est que “direction Toulouse”.
Je suis pas obligée d’y aller non plus hein.
Y avait la radio.
Un spécial The Cure/Joy Division
2 live à la suite!
oh la vache, in-es-pé-ré!
Et vlan! A Forest
et bam Other Voices!
et ça s’est pas arrêté
moi non plus.
Dans c’te caisse, la musique à fond je me suis prise pour Robert Smith qu’est-ce-tu veux!
Et bang Toulouse!!!!
Merde merde merde!
demi tour et re-247 km dans ma gueule.
Je parle même pas des heures de perdues.
Les mecs sur l’autoroute avec leur portion limitée a 110 ils connaissent pas les urgences hein! si on prend l’autoroute c’est pour rouler vite un peu quand même non! ah mais font tous chier aujourd’hui!
J’ai eu le temps d’arriver au truc de location.
Pourrir je me suis faite pourrir.
A sec la bagnole.
Bande de nigauds je leur ai dit, si vous aviez pas foutu le bordel avec votre plein, j’aurais pu y aller a la pompe! mais non! vous faites mieux que tout le monde vous hein!
TERMINÉ! gardez la votre bagnole et venez pas m’emmerder!

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Il m’a dit je vais t’offrir un petit présent.
Un présent tout court ça suffit
franchement, rajouter petit
c’est un peu mesquin
mais bon
je sais que bien que l’avenir est incertain
il flippe
comme tout le monde.
Plus qu’hier et bien moins que demain tu parles!
C’est mignon un petit présent quand même.
Ça ressemble à une petite reconquête, un p’tit désir qui traine.
Il a dû apprendre pour le marin et moi.
Sûrement
Parce que ça fait belle lurette qu’on est dans le passé.
C’est pas une mauvaise chose les petites histoires de traverse
parce que tu vois
du coup, ça s’emballe, ça flippe un peu, ça se demande, ça met du piquant quoi
enfin
parfois. Parfois ça va trop loin.
On est jamais allé bien loin non plus.
Le marin est à terre.
Évidemment comme voyage, on pourrait faire mieux.
Mais ça peut être qu’il ne le sait pas, lui.
Il doit croire que tout s’arrête a la page 275!
Quel couillon.
<3 quel couillon <3
Pourtant c’est pas difficile d’aller vérifier tout de même.
Enfin, je suis là dans mon petit présent et j’attends.
J’ai enlevé tous ces putains de S du conditionnel
je m’dessine un petit futur.
Je suis là dans mon petit présent et j’attends.

Faudrait quand même qu’il se magne chéri bibi.
Je vais pas non plus attendre indéfiniment que tous les temps passent.

10h30 rien.
12h45 rien.
14h23 toujours rien.
Mais quel con!
17h45 qu’il aille se faire foutre
19h35 qu’est ce qu’on mange?
Un futur, connard
parce qu’aujourd’hui bientôt c’est hier.
Ah mais quel con quel con quel con!

J’ai bien vu le petit paquet sur la table
avec un bolduc rouge.
S’il croit qu’il peut m’acheter !

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Ce matin plus que d’habitude.
Pas autant que plus qu’hier moins que demain non plus.
Ce matin il fait tellement nuit.
Encore.
Tu savais toi que lorsque tu es en pleine mer au lieu du silence les bruits?
Des bruits de toutes les couleurs.
En vrai j’aurais la trouille.
En vrai, j’ai toujours la trouille.
Mais je ne le montre pas.
Je préfère jouer les effrontées.
Ça en jette.
Sauf qu’aujourd’hui plus qu’hier je ne sais pas demain
encore moins qu’avant.
Je fais avec les moyens du bord comme on dit.
Seulement je suis au bord du vide.
Ça m’apprendra.
Gibraltar est si loin.
Lequel des deux est trop loin de l’autre
Le marin il est à terre lui.
Comment veux tu qu’il largue nos amarres maintenant.
il a tout largué.
Je n’ai rien largué du tout
au contraire je m’accroche
au moindre petit détail
la peur du vide
même s’il est déjà là
celui là m’est familier
j’y ai mes attaches.
Demain je m’achèterai une carte.
Je rajouterai des bateaux sur toutes les mers
J’y mettrai des petits personnages dedans
pas trop, les gens m’ennuient
ils sont toujours les mêmes
peut être que je m’ennuie toute seule d’être autant ce que je suis
de la terre plein les bottes
rien dans les guiboles
le pas petit.
Le marin il s’est pas dégonflé lui.
Il a tout quitté la mer
il n’attend plus, il est.
Il faudrait qu’il me dise comment on devient.
Je veux bien devenir.

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Rien ne va plus dans le 17h52

Rien ne va plus dans le 17h52

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Plug N Play

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Duras, toujours

Ce matin dans le tramway
il ne se passera rien
Oh j’ai l’habitude maintenant
J’attends des trucs et
soit je me prends un râteau
soit une chieuse me nargue avec son marin (qu’elle croit)
Ce matin il ne va rien se passer.
Je le sais
j’y suis
et tu sais quoi?
je lis les nouvelles sur la tête des gens
et bin c’est pas beau à voir
le monde va mal.
En plus c’est mercredi.
Le mercredi c’est un truc mi figue mi raisin
un truc en trop dans la semaine.
Elle est bien entamée
et pas encore assez pour se sentir en
weekend.
Tu vois bien que ça ressemble à rien cette affaire.
Le marin il a dû acheter sa petite affaire un mercredi.
Il a craqué, bêtement.
Sûrement c’est pas sa faute.
Peut être que l’enterrement de Nelson Nelson a eu lieu un mercredi.
Ça l’a flingué lui aussi.
Un remords.
C’est sur.
Un pied dans la tombe pour un pied a terre. Et vice et versa.
Quel chieur ce Nelson Nelson!
Le jeudi il l’a sûrement regretté.
Le jeudi il a dû penser au yacht.
Et à la fille du yacht.
Elle est magnifique.
Je l’imagine même pas comme une fille du mercredi
ah ça non!
Le mercredi la fille du yacht elle se prélasse
Elle l’attend.
Quand je serai sortie du tram
j’irai bosser, ok
mais qu’on vienne pas me demander quoique ce soit.
Je serai là
tranquille
je dérangerai personne
Je me poserai sur ma chaise
j’aurai l’air normale
J’aurai l’air d’attendre
mais
pas plus.
Parce que sinon, demain, le marin il viendra pas me chercher
S’il a vent d’un truc pareil, la fille qu’à pas encore son yacht elle s’agite quand même le mercredi, il me trouvera quelconque.
quelconque, c’est ça
et le tram sera invariablement invariable.
Le marin il a pas flashé sur une fille du mercredi.
Déjà que c’est compliqué lui et moi, je peux pas me griller au boulot comme ça connement.
Je jette l’encre du mercredi.
Ce mercredi, j’attendrai le jeudi.
C’est tout.
Le premier qui vient me faire chier au boulot alors que j’y vais-quand même-avec de la bonne volonté je te ferais dire puisque j’y vais quand même, je lui dirai d’aller voir ailleurs si j’y suis.
A la page 275 par exemple.

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Ce matin j’ai voulu faire de l’humour.
D’habitude j’essaie pas
Ça vient tout seul
Parfois ça marche parfois ça marche pas
Je sais pas ce qu’il m’a pris
Mais j’ai voulu en faire
Quelle conne mais quelle conne !
Le type il m’appelle pour me dire qu’il n’est pas arrivé à s’inscrire à la réunion prévention alcoolisme
Bon
Franchement j’aurais pu la boucler non ?
Au lieu de ça, vlan,
et bin c’est que ça a dû tomber à l’eau.
Il était pas content du tout
Du tout du tout
Il a raccroché
Puis rappelé
Encore
Quand j’ai vu son numéro j’ai même pas osé lui répondre Allo tu penses bien avec ce qu’il m’a hurlé dessus hein, j’ai fermé ma gueule
Seulement il croyait qu’il n’y avait personne à la ligne
Du coup on s’est pas parlé
On est resté comme deux ronds de flanc
Lui sans alcool
Et moi noyée
J’ai tenté d’adoucir un peu.
Je lui ai dit vous connaissez Marguerite Duras ?
Hein ?
Oui, celle qui a écrit le marin de Gibraltar, vous savez ? Et bin le type qui a tué Nelson Nelson, il était à jeun. Je veux dire, à aucun moment elle a dit qu’il avait bu, jamais.
Et pourtant, il l’a tué quand même.
Et alors ?
Alors ?! bin, s’il avait été à une réunion prévention, ça l’aurait pas empêché de. Il aurait fait quand même, comme vous. Vous êtes en colère alors que vous n’avez pas bu et que vous voulez vous soigner en prévention du jour où vous allez boire de trop. Putain le jour où vous allez boire vous ça va être quelque chose hein ? et d’ailleurs, vous faisiez quoi la nuit de la page 275 hein ? vous étiez où ? Ah vous savez pas ?! bin tiens, trop facile. C’est bien la peine de venir demander c’est quand qu’elle est la réunion de la prévention alcoolisme alors que vous ne savez même plus où vous étiez la nuit de la page 275 tellement que vous étiez bourré.
Non mais je rêve !

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Je suis allée acheter un carnet aujourd’hui.
Un nouveau.
Parce que l’autre hein, pardon!
A chaque fois que j’écrivais un truc, c’était une merdouille.
Rien à voir avec les belles phrases en tête
Me suis rendue compte de la supercherie, je lui ai dis au type de la papeterie
Vous deconnez complet
Vendre des merdes pareilles
Il a rien compris
C’est bien fait il est trop con
Jamais un sourire
Pourtant ça fait 5 ans que je viens chez lui.
Y a des gens comme ça, ils font tout pour te rendre la vie désagréable.
Un job à plein temps.
Mon nouveau carnet il est tout neuf.
Il vient pas de chez lui mais d’en face.
J’aurais bien voulu y noter quelque chose mais je n’ai rien à dire.
Zut.
J’attendrai demain.
Demain peut être.
En vrai j’ai peur de mon nouveau carnet.
Il est trop classe.
Demain j’irai en chercher un autre
au cas où.

Text

Cette nuit j’ai enlevé ta main.
La main que tu posais sur ton sexe.
Je m’en souviens très bien parce que tu m’as caressé avec ta main, là, sur ma nuque.
Cette nuit j’ai enlevé la main que tu posais sur ton sexe
que j’ai pris à mon tour
avec mes lèvres
avec ma bouche
avec ma langue
C’était délicat
doux
doux comme ta peau a cet endroit
J’aurais pu te branler avec ma main
avec ma bouche
mais je voulais te respirer partout
Cette nuit j’ai fait l’amour à ton sexe avec mon front
mon visage
ma langue dans ton cul
tu sais quand le désir monte
monte monte
et qu’on voudrait tout entier être en l’autre
et l’autre en soi
Cette nuit ton sexe m’a fait l’amour Ça a créé une odeur
spéciale
un truc à nous
Cette nuit suis revenue
ta main était la mienne
j’ai pris ton sexe avec tout mon désir
je crois que j’ai joui
peu après toi
ton foutre dans ma bouche
sur mes mains
sur mon visage
peut être que ce qui m’a fait jouir c’est ce plein de désir
ce plein d’être plein
ce plein de ton vide
Cette nuit j’ai enlevé ma main posée sur mon sexe
que j’ai pris pour le tien
cette nuit j’ai joui de toi
d’un mot qui a fait déborder les gestes
Je ne sais plus lequel c’était